L’industrialisation: à la vie à la mort.

L’industrialisation est une étape clé dans la vie d’une startup hardware, mais plus souvent dans sa mort puisque 90% des startups ne parviennent pas à franchir cette étape : manque d’accompagnement ou d’expertise, précipitation, ou tout simplement mauvaise méthode ? Toujours est-il que cette étape pose problème. Mais y a t-il une méthode, pas-à-pas à suivre ? Des choses à faire ou à ne pas faire ? C’est ce que nous chercherons à élucider et c’est grâce à l’aide précieuse d’Arnaud Huvelin, Head of Industrialization à l’IoT Valley, que vous ne vous sentirez plus jamais seul dans cette démarche.

L’industrialisation succède au prototypage: c’est la phase où tout ce pourquoi on travaille depuis des mois, parfois des années, a un sens : et c’est justement pour ça que l’on ne peut pas confier cette étape à n’importe qui. Vous vous imagineriez vous préparer pendant des mois pour un marathon et laisser un ami le faire à votre place ? Certainement pas, et c’est pourquoi vous devez participer à cette phase aux côtés, dans la majorité des cas,  d’un prestataire/sous-traitant. Effectivement, cette étape nécessite, comme nous l’explique Arnaud dans son interview, une expertise sur une quinzaine de métiers avec dans chacun d’eux, dix ans d’expérience. De l’aide : c’est ce qu’il vous faudra en premier lieu pour industrialiser votre bébé.

Toutefois, laisser votre projet dans les mains d’un sous-traitant en  espérant que le rendu soit exactement le bijou que vous vous imaginez n’est assurément pas la bonne solution: accompagner le sous-traitant dans l’élaboration du produit industrialisé est essentiel, car vous et vous seul connaissez les moindres caractéristiques que votre petit bijou technologique doit comporter. Même si votre prototype est parfaitement calibré, les réalités de la production en série s’éloignent un peu de votre vision du produit: seule la transmission compte dans cette étape pour que vous soyez pleinement satisfait du rendu final.

Enfin, industrialiser le produit de ses rêves, c’est bien, mais qu’il plaise à la cible, c’est mieux (indispensable même). Et pour ça, il faut chausser les crampons et entrer sur le terrain : aller à la rencontre de sa cible c’est s’assurer (ou essayer de s’assurer) que le produit colle un maximum aux attentes de l’acheteur. Car c’est ça qui compte: que ce produit s’écoule jusqu’à la dernière pièce. Récolter des avis sur la manière dont votre cible voudrait utiliser un tel produit, cela permet d’apporter la meilleure solution au problème qui leur retourne les tripes : LA solution qu’ils attendaient depuis des mois et dont ils ne pourront plus se passer. Design, ergonomie, fonctionnalités à intégrer, autant d’éléments à prendre en compte et que les retours de la cible aident à déterminer. Pensez acheteur!

Le dernier élément à intégrer n’est pas moindre : la sécurité, ou plutôt les normes de sécurité (et oui, on ne peut pas faire ce qu’on veut avec son produit). En effet, votre produit doit être certifié, et ces certifications dépendent de l’usage de votre produit. On ne détaillera pas ce processus qui relève d’autres compétences, mais sachez que l’intervention d’un laboratoire est nécessaire (dans la majorité des cas) pour obtenir ces certifications.

S’il n’y a que quelques points à retenir, ce sont les suivants :

1- Entourez vous: vouloir tout faire tout seul semble être la plus grosse erreur que vous puissiez faire à cette étape.

2- Entourez-vous des bonnes personnes: tout de même ! C’est presque de votre enfant qu’il s’agit !

3- Ne laissez pas votre bijou sans surveillance: tout est dans votre tête!

4- Ne lâchez rien: si vous êtes arrivés à cette étape de la vie d’une startup, c’est que vous avez fait de l’excellent boulot, alors ne vous arrêtez pas là !

Tanguy Munch

Interview d’Arnaud Huvelin, Head of Industrialization à l’IoT Valley:

Tanguy: Bonjour Arnaud, est-ce que tu pourrais nous débroussailler un peu ce concept de l’industrialisation, nous parler justement de cette phase: à quoi ça sert ? à quel moment on se lance dans l’industrialisation quand on est une startup ?

 Bonjour Tanguy, merci pour cette interview (c’est ma première fois). L’industrialisation moi j’en ai une définition assez simple : c’est lorsque l’on part d’un prototype, qui soit fonctionnel ou non, et qu’on essaie d’aller vers une production en série. C’est-à-dire qu’on essaie d’en produire entre 1000 à 10000. Pour moi, l’industrialisation c’est aller de ce prototype là, à la production en série.

Et ce qui est important c’est que ça part toujours d’une validation business. C’est-à-dire  qu’on ne peut se lancer dans l’industrialisation que quand on a trouvé, compris et qu’on a discuté avec ses clients.  Ça ne sert à rien d’avoir fait un prototype qui est génial: un produit technologique peut toujours être meilleur, tout le temps. En fait ce qu’il faut c’est avoir le produit qui est génial pour ton client.

Le bon produit c’est celui qui répond au problème de ton client.

Tanguy: D’accord, ton travail c’est alors d’accompagner les start-up sur ce processus d’industrialisation à l’IoT Valley, comment tu fais pour accompagner une startup qui arrive avec un prototype (ou pas) ?

 La première chose qu’on fait c’est qu’on réapprend: je déconstruis les schémas qu’on a tous, qui nous ont été mis dans la tête par Apple, par Microsoft, par Asus…  Ils nous ont mis dans la tête que fabriquer un produit électronique c’était simple: parce que Apple, Samsung ils en sortent des nouveaux tous les 6 mois. Ensuite, ils nous ont fait croire qu’il suffisait d’avoir un peu de sous pour aller en Asie dans une usine qui allait nous industrialiser le produit pour pas cher: et ça aussi c’est faux.

La dernière chose c’est la plus importante: l’impression qu’on peut tout faire tout seul.

Donner de l’argent à une personne c’est faire la moitié du boulot quand tu choisis un prestataire et que tu le paye il faut que toi tu sois aussi investi dans sa mission parce que la qualité de ses missions ne dépend pas de lui: elle dépend de ton investissement dans l’étape. Et si ça se passe mal, tu tues ta startup!

Tanguy: Maintenant que tu le dis, ça semble logique: tu ne peux pas confier les yeux fermés le projet que tu as mis 6 mois, 12 mois ou 18 mois à faire mûrir.

 Le problème c’est qu’il n’y a personne qui a une meilleure vision que toi de ce que doit être la solution, le produit. Tu vas amener tous tes partenaires techniques à voir ce produit comme tu le vois toi.

Tanguy: Un petit jeu pour terminer cette interview: tu me donnes la réponse qui te parle le plus:  hardware ou software?

 Moi j’aimes bien le Hard, mais le hardware sans le software n’a souvent que très peu d’intérêt.

Sigfox ou LoRa pour tes objets connectés ?

 Joker! Elles ont chacune leur points forts donc je n’ai pas de préférence.

Start up B2B ou B2C ?

B2B

Fonds d’investissement ou Crowdfunding ?

C’est pas l’argent qui est intéressant c’est la personne qui le donne: l’expertise et le réseau qu’elle t’apporte.

 Enfin, une dernière question pour toi: qui va gagner la Coupe du Monde ?

 La France bien évidemment !

N’hésitez pas à contacter Arnaud sur Linkedin: https://www.linkedin.com/in/arnaud-huvelin-18b33061/

Sources:

https://blog.bolt.io/the-illustrated-guide-to-product-development-part-1-ideation-ab797df1dac7

https://blog.bolt.io/the-illustrated-guide-to-product-development-part-2-design-ab69efb8084a

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