L’entrepreneuriat social: oxymore ou réelle solution?

Serait-il possible, et même viable, d’allier la performance économique à des objectifs sociaux et durables? Tony Meloto, Muhammad Yunus, Blake Mycoskie …c’est ce que promettent ces entrepreneurs engagés et solidaires qui, à travers leurs innovations, espèrent réussir à améliorer le monde de demain tout en faisant leur métier. Lutte contre la pauvreté, pour l’éducation, contre la faim, pour l’écologie … leurs ambitions sont grandes, mais les moyens semblent réduits. En effet, dans un monde ultra mondialisé, où le capitalisme fait loi, la doxa a tendance à dissocier l’oeuvre sociale, caritative qui serait forcément non lucrative de la fonction première de l’entreprise, la création de richesse. Avoir un impact social tout en subvenant à ses propres besoins semblerait donc assez difficile à imaginer, voire même impossible. Cependant, face à l’échec de la gouvernance mondiale dans la réponse aux problèmes sociaux et aux enjeux du développement durable, et aux chiffres alarmants qui ne cessent de s’accroître (plus du tiers de la population mondiale n’a toujours pas accès aux médicaments essentiels, chaque jour sur Terre, 1 personne sur 7 se couche le ventre vide, quelques 100 millions d’enfants ne sont toujours pas scolarisés dans le primaire, dont 55% de filles ….) la nécessité de trouver de nouvelles solutions, de nouveaux modèles, plus adaptés à l’ère contemporaine s’impose. C’est pourquoi depuis les dernières décennies, l’entrepreneuriat social ou social business, est plus que jamais d’actualité. Bien que controversé, ce nouveau paradigme intrigue, fascine et ne cesse d’attirer de nouveaux entrants. L’entrepreneuriat social saura-t-il apporter des solutions efficaces aux problématiques majeures du monde contemporain ?

Petite histoire et définition de l’entrepreneuriat social

Le terme “entrepreneuriat social” est en effet un terme relativement nouveau. Il n’est apparu que depuis quelques décennies plus tôt. Cependant, le modèle prôné remonte à bien plus loin dans l’histoire. De nombreux entrepreneurs montent des entreprises en vue de répondre à des problèmes sociaux et d’apporter un impact positif à leur société contemporaine, et ce dès le 19ème siècle. Cependant, c’est dans les années 1990 et des deux côtés de l’Atlantique, que l’entrepreneuriat social émerge réellement, mettant d’emblée l’entrepreneur en avant. Aux Etats-Unis, la “Social Enterprise Intiative” , programme de recherche et d’enseignement, est lancée par la Harvard Business School en 1993. Elle donnera ensuite lieu à de nombreux programmes de formation et de soutien aux entrepreneurs sociaux. En Europe, l’entrepreneuriat social voit le jour sous l’égide de l’Italie. En effet,  en 1991, l’Italie est en pleine récession économique. Elle crée alors un statut spécifique de “coopératives de solidarités sociales”, qui permettent de répondre à des problèmes non résolus par les services publics. Ces coopératives sont les premières “start up sociales”.

Enfin, En 2006, Muhammad Yunus, inventeur du microcrédit remporte le prix Nobel de la paix, et marque alors l’avènement de l’entrepreneuriat social comme un modèle efficace et fructueux.

Fonctionnement et enjeux de ces business models “durables”

Bien que l’entreprise sociale soit avant tout une entreprise, son organisation peut différer de celle de la startup classique. En effet, les entrepreneurs doivent, au-delà de la production de richesse, défendre des valeurs de solidarité qui peuvent quelques fois contrecarrer leurs objectifs économiques. Dès lors, la structure de l’entreprise sociale n’est pas toujours orientée profit. Par ailleurs, le management est collectif et participatif. En effet, les entrepreneurs engagés travaillent de pair avec un nombre conséquent d’acteurs sociaux, qui peuvent être des institutions, des acteurs publics … Les interdépendances sont donc très fortes dans le milieu de l’entrepreneuriat social. L’enjeu majeur pour ces business models est donc de réussir à allier la performance économique aux valeurs promues par l’entreprise.

Quelles limites?

Souvent, l’effort des entrepreneurs n’est pas suffisant. Certaines pratiques sont ancrées dans les sociétés et une forte corrélation existe entre les différentes causes sociales. Prenons l’exemple de la lutte contre la faim. Si la faim est un fléau qui touche près de 800 millions d’habitants, le gaspillage alimentaire perdure et les chiffres ne cessent d’augmenter.

Lutter contre la faim ne consiste donc pas à trouver une solution miracle, un engrais magique, mais d’abord à changer et à faire évoluer les mentalités, en luttant contre le gaspillage alimentaire, en cultivant des aliments plus nutritifs et en facilitant leur commercialisation. Le grand défi des entrepreneurs est donc de réussir à agir en prenant en compte les autres éléments qui influent sur le problème auquel ils cherchent à répondre.

Ainsi, si le chemin vers l’atteinte des 17 objectifs du développement durable de l’ONU est encore long et sinueux, il a bel et bien été entamé par ces nouveaux modèles d’entreprise. Grâce à leurs innovations, leurs valeurs et surtout leurs combats, les entrepreneurs engagés peuvent sans conteste contribuer à la construction d’un monde meilleur. Il s’agit à présent de creuser l’information et de sensibiliser les sociétés à cette nouvelle façon, plus durable, de voir le capitalisme et l’économie, afin d’encourager un phénomène porteur d’avenir caractérisant une véritable révolution.

Yasmine El Alami Idrissi

1,779 total views, 3 views today

0 réponses

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *