L’entrepreneuriat au féminin, ce mauvais élève de la parité

Dans la grande majorité des pays de l’OCDE, la part des femmes dans la création d’entreprise demeure relativement faible. En France, elle ne dépasse pas les 30% et ce depuis plus de 20 ans. Ainsi, la dynamique positive que connaissent ces dernières années ne suffit pas à marquer de véritable croissance. Cet écart est d’autant plus paradoxal que 69% des femmes considèrent l’entrepreneuriat comme plus épanouissant que le salariat. Dès lors, quels sont les freins et les obstacles que rencontrent ces dames ? L’entrepreneuriat serait-il réellement un « monde d’hommes » ?

Des chiffres alarmants

Il existe sans conteste un « facteur femme » dans la création d’entreprises en France. Ces dernières ne représentent en moyenne que le tiers des créateurs d’entreprise et les ratios français (3,4% de créatrices parmi les femmes en âge de travailler contre 7,3% pour les hommes) sont plus faibles que ceux de leurs voisins (respectivement 6,1% et 10,7% en Europe).

Les entreprises créées par des femmes seraient également plus petites, et moins pérennes. Cependant, ces dernières sont, à long termes, beaucoup plus efficaces, productives et performantes. Comment l’expliquer ?

De l’aversion au risque aux idées reçues : des freins plus subjectifs qu’objectifs

Il est vrai qu’il y a dans un premier temps des déterminants contextuels (comme le pays, la conjoncture économique et sociale) et socio-démographiques. En effet, un individu (homme ou femme) bénéficiant de conditions socio-économiques favorables serait plus enclin à créer son entreprise.

Néanmoins, concernant ces dames, la prise en compte d’un contexte positif n’élimine toujours pas la probabilité défavorable de se lancer.

Nous pouvons dénoter plusieurs causes : l’aversion au risque (4 femmes sur 10 hésitent à créer leur entreprise par peur de l’échec contre 3 hommes sur 10), le manque de confiance en soi (3 femmes sur 10 craignent de manquer de connaissances en innovation et en création d’entreprise contre 1,5 hommes sur 10), de plus, les femmes croient moins en l’existence d’opportunités de créer une entreprise que les hommes (respectivement 15 % et 22 %). Tout cela s’explique par le fait qu’avant de se lancer, les femmes ont plus tendance à vouloir être sûres d’avoir trouvé l’idée parfaite, élaboré le business plan parfait …  C’est ce qu’on appelle « le syndrôme de la bonne élève ». Ironiquement, c’est ce syndrôme de la bonne élève qui en ferait les mauvaises élèves de l’entrepreneuriat.

Enfin, il existe bien évidemment d’autres freins tels que la difficulté d’accès au financement ou le facteur familial. En France, le taux de rejet bancaire est de 4,3% pour les femmes et de 2,3% pour les hommes (d’après une étude de l’OCDE). Il ne fait donc aucun doute qu’une discrimination est bel et bien présente. L’équilibre entre vie privée et vie professionnelle peut aussi poser un obstacle. Cependant, d’après le baromètre de la Caisse d’Epargne, ce dernier n’arriverait qu’au 10ème rang des difficultés rencontrées par les femmes.

Depuis quelques années, une mobilisation importante des acteurs publics

Face à ces constats inquiétants, les gouvernements et associations se sont saisis du dossier. Si leur motivation à améliorer la situation peut s’expliquer dans un premier temps par une volonté de maintenir l’égalité et la parité, elle s’explique aussi et surtout par le fait qu’ils voient dans ce nombre insuffisant d’« entrepreneures » un gisement important d’emplois. Le nombre d’emplois engendrés par la création d’entreprise étant toujours supérieur à 1, un effet de levier est donc espéré.

Par ailleurs, comme je le disais plus haut, il a été prouvé que les entreprises dirigées (ou créées) par les femmes sont beaucoup plus performantes et plus résilientes. Dès lors des mesures ont été prises ces six dernières années. En 2013, Najat Vallaud-Belkacem lançait la première édition de « La semaine de l’entrepreneuriat au féminin », de nombreuses campagnes de sensibilisation dans les écoles ainsi que dans les universités, en plus de conférences débat autour du sujet ont eu lieu. Plus récemment, lors du “Positive Economy Forum”, Marlène Schiappa évoquait la création d’un congé de maternité pour les femmes chef d’entreprise et pour les non salariées car selon elle “au-delà du financement, c’est aussi un frein […] notre rôle est qu’elles puissent avoir les deux (vie professionnelle et personnelle) quand elles le souhaitent”.

Enfin, si vous êtes une femme et que vous souhaitez vous lancer, de nombreuses associations sont là pour vous accompagner comme Femmes Business Angels (FBA), FGIF, l’AFE. BPI France organise par exemple le Trophée de l’Entrepreneuriat au Féminin, pour encourager les femmes à entreprendre plus.

Ainsi, bien entendre la question de l’entrepreneuriat au féminin nécessite de prendre en compte 3 phases différentes : l’Amont, où peut être constaté un désir différencié des hommes et des femmes de créer une entreprise,  la phase de passage à l’acte, où ces dernières sont susceptibles de rencontrer des difficultés plus grandes et enfin la phase de croissance qui une fois la stabilité de l’entreprise établie, révèle l’efficacité des entreprises dirigées par les femmes. Chacune d’entre elle pose ses freins et ses obstacles souvent, comme nous l’avons vu, plus subjectifs qu’objectifs. C’est pourquoi des solutions adaptées à chacune de ces étapes commencent à être envisagées par les gouvernements (d’abord sous François Hollande à l’initiative de Najat Vallaud-Belkacem, puis sous Emmanuel Macron), en allant de la sensibilisation et l’encouragement à entreprendre à l’aide au financement puis enfin à l’accompagnement une fois le projet lancé.

Plusieurs projet portés par les femmes connaissent un grand succès, comme “Blue Cargo”, la startup qui ambitionne de révolutionner les opérateurs de terminaux portuaires à conteneurs en offrant la première intelligence artificielle à leur service. En 2018, le projet remportait le prix Pilote Moovje, avec à la clé 25 000 euros à partager entre lauréats.

Alors lançons-nous  Mesdames, nous sommes tout aussi capables de réussir que nos homologues masculins !

Yasmine El Alami Idrissi

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