Grandir d’un échec et matter sa déception

Monsieur Business : Nous allons poursuivre cet entretien d’embauche en abordant un sujet qui vous est cher : DJ’tal une start-up que vous avez montée il y a 5 ans. Brièvement, pouvez-vous m’en dire un peu plus ?

Monsieur Angel : DJ’tal, oui tout à fait ! En deux mots, le concept était de dématérialiser le DJ. Une application qui permettait à ses utilisateurs de choisir entre différentes ambiances musicales et sonores toutes gérées par un DJ. Le principe d’une radio mais sans pub et avec la valeur ajoutée de savoir que c’est un véritable DJ qui mixe en direct pour vous. Mais cela n’a plus grande importance aujourd’hui, nous avons déposé le bilan il y a 3 ans faute d’une levée de fonds suffisante.

Monsieur Business : Une telle expérience doit être très instructive ! Comment avez-vous réussi à surmonter cet échec ?

Monsieur Angel : La première étape a été de me remettre en question. Malgré la souffrance, il faut parvenir à accepter l’échec pour en faire le deuil. C’est comme ça que j’ai pu lui donner du sens et aller de l’avant (2). Je ne me suis donc pas lancé de suite dans de nouveaux projets. J’ai d’abord pris le temps de me ressourcer puis de faire une réelle pause avec le monde de l’entrepreneuriat (2). Je me suis recentré sur le sport, la musique, ma famille et mes enfants avant de reprendre au bout de quelques mois un poste dans la petite entreprise d’un ami. Aujourd’hui, j’aspire à travailler pour un grand groupe, c’est la raison pour laquelle j’ai postulé à votre offre et quitté la P.M.E. de mon ami.

Monsieur Business : Très intéressant… Dites-moi, avec le recul, si c’était à
refaire, changeriez-vous quelque chose ? Vous n’avez pas un ou deux regrets ?

Monsieur Angel : Non, je ne regrette rien. Je pense sortir grandi de cette histoire donc je ne changerais rien, au contraire je pense même que l’on devrait tous connaître ce genre d’échec dans nos vies. Pour appuyer mon propos, je vais vous parler d’un homme qui vous est probablement inconnu : Erik Kessels. Ce publicitaire et photographe néerlandais pense que « l’échec est un antidote au conformisme ambiant » (3). D’après lui, l’échec est ce qui nous distingue de la masse. Il nous invite même à le repérer autour de nous, à le provoquer car à l’inverse d’être nocif, c’est lui qui nous confère notre singularité et notre esprit innovant (3).

Je vais prendre un exemple. Aux Etats-Unis, le fail est devenu un incontournable pour quiconque prétend évoluer dans le milieu des start-ups. Là-bas, l’une des premières questions que vous pose un investisseur porte sur vos échecs et ce que vous en avez tiré. A partir de là, deux possibilités, soit vous n’en êtes pas à votre coup d’essai et vous rassurez votre auditoire, soit vous vous en êtes toujours sorti et on vous trouve suspect (3). Tout ceci m’amène à vous dire que je suis fier de mon parcours. Je m’aperçois même que ce passif m’apporte une réelle plus-value et me distingue d’autrui sur le marché du travail !

Monsieur Business : Effectivement ! Et considérez-vous que c’est cet esprit entrepreneurial qui vous a permis d’aussi bien rebondir ?

Monsieur Angel : Je ne sais pas si c’est ce qui m’a aidé à rebondir mais assurément, cet esprit que j’ai acquis lorsque je gérais ma start-up m’est très précieux. Je trouve que les cadres d’entreprise sont

de nos jours timorés à l’idée de prendre des décisions fortes et risquées 1. A l’inverse, l’esprit start-up est celui d’un homme qui n’a pas peur de l’échec. Je suis convaincu que la réussite passe par la prise de risques, quitte à se faire critiquer pour ça, et par la volonté de découvrir de nouveaux horizons, de tenter. Cet esprit est d’ailleurs symbolisé par le taux d’échec des start-ups après cinq ans, de 49% selon l’INSEE 1. Et puis je dois dire que monter sa start-up, c’est nécessairement gagner en habileté et se confronter à la pression du quotidien. Je m’explique. Une start-up dispose de peu de financement, vous en conviendrez aisément ! Sachant ça, il faut être capable d’avoir des résultats très rapidement, ce qui implique de jouer avec le feu 1. Un jeu d’équilibriste entre le risque et la raison garder même pour celui qui connaît parfaitement son environnement de travail et n’a aucun état d’âme à ruser pour survivre…

Monsieur Business : C’est parfait ! Là-dessus, je vais refermer la page concernant votre parcours entrepreneurial et passer à la suite…

Baptiste Treguer

Sources:

(1)/ https://fr.linkedin.com/pulse/start-ups-quand-l%C3%A9chec-est-le-cl%C3%A9-du-succ%C3%A8s- jean-philippe-cunniet / « Start-ups : Quand l’échec est la clé du succès » / Jean-Philippe CUNNIET le 17 juin 2016 dans la rubrique Tech&Entrepreneuriat, Linkedin.

(2)/ https://www.webmarketing-com.com/2016/11/10/52978-rebondir-apres-lechec-de-startup / « Comment rebondir après l’échec de sa start-up ? » / Julie FOUGEAUX le 10 novembre 2016, rubrique Entreprendre de Webmarketing.com

(3)/ http://www.lexpress.fr/styles/psycho/rebondir-apres-un-echec_1777362.html / « Et si au lieu d’avoir peur de l’échec, on le recherchait ? » / Rebecca BENHAMOU le 8 juillet 2016 dans L’Express

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